Un colis bloqué faute de frais de port, une amende à régler sous quarante-huit heures, un compte de santé à mettre à jour : à qui transmettre ces messages pour qu'ils cessent d'arriver, et que faire si l'on a cliqué trop vite ? La réponse tient en quelques numéros et adresses officiels, à connaître avant d'en avoir besoin.
Six points d'appui suivent, du transfert au 33700 jusqu'au dépôt de plainte, tirés des pages de l'Arcep, de Cybermalveillance.gouv.fr et du ministère de l'Intérieur, puis un septième pour limiter les dégâts la fois suivante.
Repère 1 : reconnaître un SMS d'hameçonnage
L'hameçonnage, ou phishing, consiste à envoyer un faux message pour soutirer des données personnelles ou bancaires, en se faisant passer pour un tiers de confiance : banque, opérateur, administration, transporteur, site marchand. Lorsqu'il passe par SMS, on parle souvent de smishing. Le but est toujours le même : obtenir des identifiants, des mots de passe ou des coordonnées de carte pour s'en servir.
Cybermalveillance.gouv.fr cite plusieurs signaux d'alerte :
- une urgence ou une menace : suspension de compte, pénalité, colis renvoyé ;
- une offre trop belle : remboursement inattendu, gain, cadeau ;
- un lien dont l'adresse ne correspond pas au site officiel, parfois à un seul caractère près ;
- une demande de données sensibles, ce qu'aucun organisme sérieux ne fait par SMS.
Le premier réflexe découle de cette liste : ne pas cliquer, ne pas répondre et, en cas de doute, contacter l'organisme concerné par un canal que l'on connaît déjà (application officielle, numéro inscrit sur une facture, site tapé soi-même).
Les scénarios les plus courants
Les prétextes changent, la mécanique reste la même. Un faux transporteur réclame quelques euros pour livrer un colis que l'on n'attendait pas. Une fausse administration annonce une amende impayée, un remboursement inattendu ou un dossier à mettre à jour. Une fausse banque signale une opération suspecte et invite à « sécuriser » son compte en saisissant ses codes. Un faux opérateur prévient que la ligne va être coupée. Dans tous les cas, le lien mène à une page qui imite le site officiel et demande des identifiants ou un numéro de carte.
Le petit montant demandé est un piège à part entière : il paraît anodin, mais il sert à récupérer les données complètes de la carte, qui seront ensuite utilisées pour des achats bien plus importants. Un message qui mélange urgence, petite somme et lien raccourci réunit à lui seul les signaux décrits plus haut.
Repère 2 : transférer le message au 33700
Le 33700 est le dispositif de signalement des SMS et appels indésirables mis en place par les opérateurs. D'après l'Arcep, trois voies existent :
- transférer le SMS ou MMS suspect au numéro court 33700 ;
- envoyer une capture d'écran du message sur le site 33700.fr ;
- remplir le formulaire en ligne du même site.
Le signalement est gratuit. Après un transfert par SMS, un message automatique demande en général le numéro de l'expéditeur, qu'il suffit de renvoyer. Selon la récurrence et la gravité des signalements, les opérateurs peuvent agir contre les expéditeurs, jusqu'à la fermeture des numéros.
Le 33700 ne bloque pas le message déjà reçu. Il faut donc aussi bloquer l'expéditeur dans l'application de messagerie du téléphone, puis supprimer la conversation. L'Arcep rappelle que des applications de filtrage d'appels et de messages existent, et que le blocage peut se faire directement sur le téléphone.
| Situation | Où signaler |
|---|---|
| SMS ou MMS suspect | 33700 (SMS, capture ou formulaire sur 33700.fr) |
| Appel vers un numéro surtaxé | 33700, en indiquant le numéro |
| Courriel d'hameçonnage | Signal Spam |
| Adresse d'un faux site | Phishing Initiative |
| Contenu d'hameçonnage illicite en ligne | Pharos |
Le cas des messages publicitaires
La réponse « STOP » sert à se désabonner des SMS commerciaux d'une entreprise réelle, et la réponse « CONTACT » à obtenir les coordonnées de son service client, sans être facturé, selon l'Arcep. Ces réponses ne s'appliquent pas à un message frauduleux : y répondre confirme seulement que le numéro est actif. Quant aux appels commerciaux non sollicités, leur encadrement depuis août 2026 fait l'objet d'un article séparé : démarchage téléphonique, l'accord d'abord.

Repère 3 : signaler aussi le site, le courriel ou le contenu
Un SMS frauduleux renvoie presque toujours vers une page piégée. Plusieurs plateformes publiques complètent le 33700 :
- Phishing Initiative permet de vérifier une adresse suspecte et de signaler un faux site. Si la fraude est avérée, l'accès à l'adresse peut être bloqué pour la majorité des internautes français, indique l'Arcep.
- Signal Spam reçoit les courriels indésirables ou d'hameçonnage, utiles à signaler quand le même escroc écrit aussi par mail.
- Pharos, la plateforme du ministère de l'Intérieur, reçoit les signalements de contenus illicites en ligne, dont les contenus d'hameçonnage.
Un signalement n'est pas une plainte : il informe les services compétents, sans suivi individuel. Il reste utile même si l'on n'a rien perdu, car il aide à fermer les sites et les numéros.
Repère 4 : si un lien a été ouvert ou des données saisies
Cliquer sur un lien n'est pas forcément grave ; saisir ses informations l'est davantage. Cybermalveillance.gouv.fr recommande les gestes suivants, dans cet ordre de priorité :
- Faire opposition immédiatement auprès de sa banque si des coordonnées de carte ont été communiquées ou si des débits inconnus apparaissent.
- Changer le mot de passe du compte concerné, et sur tous les autres services où le même mot de passe était utilisé.
- Activer la double authentification lorsque le service le propose, et consulter l'historique des dernières connexions.
- Conserver les preuves : le SMS, la capture de la page, les relevés bancaires, les échanges éventuels.
- Contacter l'organisme dont le nom a été usurpé, par ses canaux habituels, pour le prévenir.
Pour être conseillé, la plateforme Info Escroqueries répond au 0 805 805 817, numéro gratuit, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30. Cybermalveillance.gouv.fr renvoie aussi vers 17Cyber, le service d'assistance en ligne pour les victimes d'actes de cybermalveillance.
Repère 5 : porter plainte, en ligne ou sur place
Dès qu'il y a un préjudice, débit frauduleux ou usurpation d'identité, le dépôt de plainte s'impose. Cybermalveillance.gouv.fr indique trois voies classiques : le commissariat de police, la brigade de gendarmerie ou un courrier au procureur de la République. Pour être accompagné gratuitement dans ces démarches, l'association France Victimes répond au 116 006, tous les jours de 9 h à 19 h.
Pour certaines escroqueries commises sur internet, le ministère de l'Intérieur propose aussi la plainte en ligne THESEE, accessible gratuitement depuis un ordinateur, une tablette ou un smartphone. Selon sa page mise à jour le 14 octobre 2026 :
- la plainte en ligne est ouverte à toute personne majeure agissant à titre particulier ;
- les mineurs peuvent seulement effectuer un signalement ;
- les professionnels doivent se rendre en commissariat ou en brigade ;
- les escroqueries aux faux investissements doivent être déposées sur place, sur rendez-vous si besoin ;
- un signalement peut être fait sans donner son identité ;
- la plainte est validée et signée électroniquement par un enquêteur, puis le récépissé est déposé dans l'espace personnel du plaignant.

La page cite comme exemples les faux sites de vente, le piratage de comptes de messagerie et l'extorsion d'argent. Elle ne nomme pas explicitement l'hameçonnage par SMS : si le formulaire ne correspond pas à la situation, la plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie.
Les peines prévues pour les escrocs
Cybermalveillance.gouv.fr rappelle les principales qualifications pénales. L'escroquerie (article 313-1 du Code pénal) est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. La collecte frauduleuse de données personnelles (article 226-18) est punie de cinq ans et de 300 000 euros. L'usurpation d'identité (article 226-4-1) est punie d'un an et de 15 000 euros d'amende.
Repère 6 : après une perte d'argent
Le remboursement d'une opération frauduleuse dépend de la banque et des circonstances, notamment de la manière dont l'opération a été validée. La plainte et l'opposition rapide forment la base du dossier à présenter. Si la fraude passe par un faux site marchand et qu'un litige naît avec un vendeur réel, la réclamation amiable puis la médiation suivent l'ordre rappelé dans litige consommation, de la lettre au juge. Pour un préjudice lourd ou un refus de remboursement que l'on conteste, mieux vaut faire examiner le dossier par un avocat ou une association agréée de défense des consommateurs.
Repère 7 : réduire les risques pour la suite
Le signalement règle le message du jour ; quelques habitudes limitent les dégâts du suivant. Cybermalveillance.gouv.fr en recommande plusieurs.
- Ne jamais transmettre de mot de passe, de code reçu par SMS ou de numéro de carte en réponse à un message ou à un appel, même s'il semble venir de sa banque.
- Vérifier l'adresse d'un site avant d'y saisir quoi que ce soit, ou passer par un favori que l'on a soi-même enregistré, plutôt que par un lien reçu.
- Utiliser un mot de passe différent et complexe pour chaque service, éventuellement conservé dans un coffre-fort numérique, afin qu'un identifiant volé n'ouvre pas tous les comptes.
- Activer la double authentification partout où elle est proposée, et jeter un œil de temps en temps aux dates de dernière connexion.
Dans un foyer, ces règles gagnent à être partagées avec tous ses membres, des adolescents qui reçoivent leur premier forfait aux parents âgés moins familiers des écrans. Montrer comment transférer un SMS au 33700 prend une minute et évite bien des hésitations le jour où un message douteux arrive.
Questions fréquentes
Le 33700 est-il payant ?
Non. L'Arcep indique que le signalement au 33700 est gratuit, qu'il se fasse par transfert de SMS, par capture d'écran ou par formulaire sur 33700.fr.
Faut-il signaler un SMS frauduleux si l'on n'a pas cliqué ?
Oui. Le signalement sert à faire fermer les numéros et les sites utilisés par les escrocs, et protège d'autres destinataires. Il ne demande que quelques secondes.
Peut-on signaler un SMS frauduleux sans donner son identité ?
Le transfert au 33700 se fait depuis sa ligne, sans démarche supplémentaire. Sur la plateforme THESEE, le signalement peut être anonyme, contrairement à la plainte.
Quelle différence entre Pharos et le 33700 ?
Le 33700 vise les SMS et les appels indésirables, transmis aux opérateurs. Pharos reçoit les signalements de contenus illicites publiés en ligne, comme une page d'hameçonnage, à destination des services de police et de gendarmerie.
J'ai donné mon numéro de carte : que faire en premier ?
Faire opposition auprès de sa banque sans attendre, puis conserver les preuves, changer ses mots de passe et porter plainte.
Sources et références
- Arcep, SMS, appels et courriers électroniques indésirables ou frauduleux — www.arcep.fr
- Cybermalveillance.gouv.fr, Hameçonnage (phishing) : que faire ? — www.cybermalveillance.gouv.fr
- Ministère de l'Intérieur, Ma Sécurité, La plainte en ligne pour les arnaques sur internet (THESEE) — www.masecurite.interieur.gouv.fr




