Beaucoup de gens pensent qu'un signalement en ligne vaut plainte, et qu'une fois le formulaire envoyé, une enquête démarre et l'argent perdu finira par revenir. C'est faux. Service-public.fr le dit sans détour : signaler ne revient pas à porter plainte, et la personne qui signale ne reçoit en général aucune nouvelle de la suite donnée.
Ce malentendu coûte cher. Il pousse certains à remplir trois formulaires pour un simple courriel douteux, et d'autres à se contenter d'un signalement alors qu'un prélèvement frauduleux tourne déjà sur leur compte. Le bon réflexe consiste à se demander d'abord ce qui s'est réellement produit : un message reçu, un site trompeur repéré, des données de carte saisies, ou une somme partie.
Signal arnaque : signaler, faire opposition et porter plainte
Trois gestes se distinguent, et ils ne poursuivent pas le même but.
Signaler sert à alimenter des bases de données publiques ou associatives. Le message, l'adresse d'expédition ou l'URL du faux site sont transmis à un organisme qui recoupe les signalements, fait bloquer des sites ou alerte les opérateurs. Ce geste protège les autres internautes ; il ne répare rien pour celui qui signale.
L'opposition bancaire bloque un moyen de paiement compromis. C'est le seul geste urgent quand une carte, un chèque ou des identifiants bancaires sont en jeu. Service-public.fr demande d'alerter la banque immédiatement dès que la fraude est repérée, en précisant que l'annulation de l'opération n'est pas garantie.
Porter plainte déclenche une procédure pénale. L'escroquerie est un délit défini par les articles 313-1 à 313-3 du Code pénal : tromper une personne, par un faux nom, une fausse qualité ou des manœuvres, pour obtenir qu'elle remette de l'argent, un bien ou un service. La plainte permet ensuite de demander réparation.
Un même incident peut appeler les trois gestes, dans cet ordre : opposition d'abord, plainte ensuite, signalement en parallèle.
Le comparatif des guichets officiels
Chaque plateforme a un périmètre précis. Le tableau résume celles que citent service-public.fr et Cybermalveillance.gouv.fr.
| Guichet | Ce qu'il reçoit | Statut |
|---|---|---|
| Signal Spam | Courriel indésirable ou frauduleux | Signalement |
| 33700 | SMS ou MMS suspect | Signalement gratuit |
| Phishing Initiative | Adresse d'un faux site | Signalement, blocage |
| Pharos | Contenu illicite en ligne | Signalement |
| Perceval | Fraude à la carte bancaire | Signalement exigé par la banque |
| THESEE | Escroquerie en ligne, auteur inconnu | Plainte possible |
| Info Escroqueries | Questions des victimes | Conseil, 0 805 805 817 |
Le tableau se lit avec deux nuances. D'une part, aucun de ces guichets ne rend l'argent : le remboursement éventuel passe par la banque ou par la justice. D'autre part, un signalement mal orienté n'est pas perdu, mais il ne sera pas traité aussi vite.
Signaler une arnaque par mail
Le courriel reste le support le plus fréquent de l'hameçonnage. Cybermalveillance.gouv.fr le définit comme une technique dont l'auteur usurpe l'identité d'un tiers de confiance pour soutirer des identifiants ou des coordonnées bancaires : banque, réseau social, opérateur, fournisseur d'énergie, site marchand ou administration.
Les signes qui doivent alerter
La fiche de Cybermalveillance.gouv.fr, mise à jour le 26 octobre 2026, relève une offre trop séduisante, une présentation d'aspect suspect, une pièce jointe inattendue et une adresse d'expédition fantaisiste. Elle prévient aussi que les tentatives sont de plus en plus soignées : un message sans faute ni logo bancal peut être frauduleux.
Une règle simple les résume. Aucune administration ni société sérieuse ne demande un mot de passe, un code de carte ou un code reçu par SMS par courriel ou par téléphone. Pour vérifier un lien sans risque, il suffit de le survoler avec la souris pour lire l'adresse réelle, ou de passer par un favori enregistré soi-même. Un seul caractère changé dans le nom du site suffit à tromper l'œil.
Le circuit d'un courriel douteux
Pour un mail reçu sans avoir cliqué ni répondu, le circuit est court :
- Ne pas répondre et ne pas ouvrir les liens ni les pièces jointes.
- Conserver le message, qui pourra servir de preuve.
- Le transmettre à Signal Spam, plateforme associée à la CNIL selon Cybermalveillance.gouv.fr.
- Si le message renvoie vers un faux site, signaler son adresse à Phishing Initiative, qui le fait bloquer.
- Prévenir l'organisme dont l'identité est usurpée, en le contactant par ses coordonnées habituelles et non par celles du message.
Ce circuit suffit tant qu'aucune donnée n'a été transmise. Le même raisonnement vaut pour les messages reçus sur téléphone, dont le guichet propre est détaillé dans l'article consacré au signalement d'un SMS frauduleux.

Quand des données ont été saisies
Le cas change dès qu'un formulaire a été rempli. Selon ce qui a été communiqué, l'ordre des gestes n'est pas le même.
Identifiants et mots de passe
Cybermalveillance.gouv.fr conseille de changer immédiatement le mot de passe du site concerné, puis celui de chaque compte qui partageait ce mot de passe. La fiche recommande des mots de passe différents et complexes pour chaque site, la vérification de la date de dernière connexion quand le service l'affiche, et la double authentification quand elle est proposée.
Une boîte mail piratée est le cas le plus sensible, car elle sert à réinitialiser les autres comptes. C'est donc le premier mot de passe à changer.
Données de carte bancaire
Si un numéro de carte a été saisi sur un faux site, l'opposition passe avant tout le reste. Service-public.fr précise qu'il faut ensuite confirmer cette opposition par écrit, sans délai, et que la banque demande souvent un signalement Perceval comme preuve de la fraude. Perceval est la plateforme officielle de signalement des fraudes à la carte bancaire.
La fiche de Cybermalveillance.gouv.fr rapporte le cas d'un artisan qui avait donné son numéro de carte sur un faux site imitant la Sécurité sociale : plusieurs prélèvements ont eu lieu avant le blocage de sa carte. Les minutes comptent davantage que le choix du formulaire.
Après une perte d'argent : la plainte
Quand une somme est partie, le signalement ne suffit plus. Service-public.fr distingue trois voies pour déposer plainte.
Sur place, dans le commissariat ou la brigade de gendarmerie de son choix. Les services sont tenus d'enregistrer la plainte ; ils ne peuvent pas renvoyer la victime vers un simple formulaire en ligne.
En ligne, lorsque l'auteur est inconnu. Le service THESEE permet de vérifier si la situation ouvre droit à une plainte en ligne ; la déclaration est transmise à la Police nationale, et un agent décide si elle donne lieu à un procès-verbal. Dans ce cas, une copie numérique est mise à disposition ; sinon, un courriel explique le motif du rejet.
Par lettre, adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire du lieu de l'infraction ou du domicile de l'auteur. La lettre indique l'état civil et les coordonnées du plaignant, le récit détaillé des faits, l'identité de l'auteur supposé ou, à défaut, une plainte contre X, les témoins éventuels, l'estimation du préjudice et les preuves.
Les preuves à rassembler
Quelle que soit la voie choisie, le dossier gagne à être complet : messages conservés avec l'adresse exacte de l'expéditeur, captures d'écran du faux site avec son adresse, relevés bancaires montrant les débits, échanges avec la banque, récépissé du signalement Perceval. Le procureur décide ensuite de la suite : enquête ou classement sans suite.
Ce que risque l'escroc
Les peines rappellent la gravité du délit. Le tableau reprend les montants publiés par service-public.fr et Cybermalveillance.gouv.fr.
| Infraction | Texte | Peine maximale |
|---|---|---|
| Escroquerie | Code pénal, art. 313-1 | 5 ans, 375 000 € |
| Escroquerie aggravée | Code pénal, art. 313-2 | 7 ans, 750 000 € |
| Escroquerie en bande organisée | Code pénal, art. 313-2 | 10 ans, 1 000 000 € |
| Usurpation d'identité | Code pénal, art. 226-4-1 | 1 an, 15 000 € |
L'escroquerie est aggravée notamment quand l'auteur se fait passer pour un agent public, organise une fausse collecte caritative ou vise une personne vulnérable du fait de son âge ou d'une infirmité. La tentative est punie des mêmes peines que l'escroquerie réussie, ce qui donne du poids à une plainte même quand aucun euro n'a été perdu.

Être indemnisé : ce que permet la procédure
La plainte n'est pas qu'un geste symbolique. Service-public.fr indique que la victime peut se constituer partie civile devant le tribunal correctionnel et réclamer des dommages et intérêts, préjudice moral compris. Elle peut aussi adresser une demande au Fonds de garantie des victimes.
Ces démarches relèvent d'une procédure judiciaire : pour un préjudice important, l'avis d'un avocat aide à chiffrer la demande. Quand l'arnaque se double d'un litige avec un vrai commerçant, par exemple une commande payée à une entreprise existante mais jamais livrée, la voie civile prend le relais, avec l'ordre des recours décrit dans notre guide sur le litige de consommation.
Les relais d'écoute et de conseil
Deux numéros gratuits complètent les plateformes. Info Escroqueries, le service du ministère de l'Intérieur, se joint au 0 805 805 817, en semaine, entre 9 heures et 18 h 30 ; il oriente vers la bonne démarche. Le 116 006, numéro de France Victimes, offre un accompagnement gratuit sept jours sur sept, avec des horaires qui diffèrent selon les pages officielles consultées.
Les forums et sites collaboratifs privés, où des internautes recensent numéros, adresses et faux sites, peuvent aider à reconnaître une arnaque déjà connue. Ils ne remplacent ni l'opposition bancaire, ni la plainte, ni les plateformes publiques : une alerte qui n'existe que sur un forum ne parvient ni à la banque ni aux enquêteurs.
Le bon guichet selon la situation
Pour s'y retrouver, il suffit de partir du dommage réel. Un message reçu sans clic : Signal Spam ou 33700, puis suppression. Un faux site repéré : Phishing Initiative, et Pharos pour un contenu illicite. Des identifiants donnés : changement des mots de passe, en commençant par la messagerie. Une carte saisie : opposition, confirmation écrite, Perceval. Une somme perdue : plainte, en ligne via THESEE si l'auteur est inconnu, sinon au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur.
Les démarches commerciales insistantes qui ne sont pas des escroqueries suivent d'autres règles, rappelées dans l'article sur le démarchage téléphonique. Les autres sujets de la rubrique Consommation détaillent les recours face aux professionnels.
Questions fréquentes
Signaler une arnaque, est-ce porter plainte ?
Non. Service-public.fr précise que signaler ne revient pas à porter plainte et que cela ne donne en principe lieu à aucun retour. Seule une plainte, sur place, par courrier au procureur ou en ligne dans les cas prévus, ouvre une procédure pénale.
Où signaler une arnaque par mail ?
Sur Signal Spam pour le courriel lui-même, et sur Phishing Initiative si le message renvoie vers un faux site. Il est utile de prévenir aussi l'organisme dont le nom est usurpé, par ses coordonnées habituelles.
Faut-il signaler une tentative d'arnaque sans avoir perdu d'argent ?
Oui, le signalement aide à bloquer les faux sites et à repérer les campagnes. La tentative d'escroquerie est d'ailleurs punie des mêmes peines que l'escroquerie, selon service-public.fr.
Que faire en premier après avoir donné son numéro de carte ?
Demander l'opposition à la banque sans attendre, la confirmer par écrit, puis effectuer le signalement Perceval que la banque demande souvent. Le changement des mots de passe vient ensuite si des identifiants ont aussi été saisis.
La plainte en ligne est-elle toujours possible ?
Non. Elle est réservée aux cas où l'auteur est inconnu, et THESEE indique si la situation le permet. Un agent décide ensuite si la déclaration donne lieu à un procès-verbal ; sinon, un courriel explique le motif du rejet.
Quel numéro appeler pour être conseillé ?
Le numéro vert Info Escroqueries, 0 805 805 817, joignable en semaine entre 9 heures et 18 h 30. Pour un soutien de victime, le 116 006 de France Victimes est gratuit.
Sources et références
- Service-public.fr, Escroquerie (vérifié le 28 mai 2025) — www.service-public.gouv.fr
- Cybermalveillance.gouv.fr, Que faire en cas de phishing ou hameçonnage ? (mis à jour le 26 octobre 2026) — www.cybermalveillance.gouv.fr




