Beaucoup de locataires rangent l'avis d'échéance avec leurs preuves de paiement, comme s'il valait reçu. C'est une erreur fréquente : ce papier, que le bailleur ou son gestionnaire envoie quelques jours avant la date de paiement, dit seulement ce qui est demandé. Il ne dit pas ce qui a été payé, et il ne dit pas non plus que la somme demandée est due.

Aucune loi n'impose au bailleur d'envoyer un appel de loyer chaque mois. Mais lorsqu'il le fait, le texte de 1989 encadre son contenu, interdit d'en facturer la gestion et ouvre au preneur des droits précis une fois la somme versée. Comprendre ce document, c'est donc savoir le contrôler, puis savoir quoi demander une fois le loyer réglé.

Avis d'échéance : un appel à payer, pas une facture

L'avis d'échéance de loyer est un document d'information. Il rappelle la période concernée, le montant du loyer, celui des charges et la date à laquelle le paiement est attendu. Son rôle est pratique : éviter les oublis et permettre au locataire de préparer son virement ou de vérifier son prélèvement.

Sa force juridique est faible. L'obligation de payer ne vient pas de l'avis mais du bail : l'article 7 de la loi de 1989 oblige le locataire à payer le loyer et les charges récupérables « aux termes convenus », c'est-à-dire aux dates fixées par le contrat. Si aucun avis n'arrive, le loyer reste dû à la date prévue. À l'inverse, un avis qui réclame une somme non prévue par le bail ou par la loi ne crée aucune dette nouvelle.

Ce qui distingue l'appel de loyer de la quittance

La confusion entre les deux documents est la plus répandue. La quittance arrive après le paiement et l'atteste ; l'avis arrive avant et l'annonce. La loi ne traite pas les deux de la même façon : la quittance est un droit du locataire, l'avis d'échéance une simple pratique de gestion.

PointAvis d'échéanceQuittance de loyer
MomentAvant le paiementAprès le paiement intégral
RôleAnnoncer la somme demandéeProuver la somme payée
ObligationAucuneRemise gratuite sur demande (art. 21)
Coût pour le locataireAucun frais de gestionAucun frais de gestion

Pour la forme exacte du second document, le modèle détaillé dans notre article sur l'exemple de quittance de loyer reprend les mentions attendues.

Les lignes d'un avis d'échéance loyer, une par une

Un appel de loyer bien construit sépare chaque poste. Cette séparation n'est pas qu'une affaire de présentation : elle permet de vérifier chaque montant avec la règle qui le fonde.

Le loyer hors charges

C'est la ligne principale. Son montant doit correspondre à celui du bail, éventuellement révisé. Une hausse qui apparaît sur l'avis sans explication mérite une question écrite au bailleur : d'où vient le nouveau chiffre, à quelle date, sur quel indice ?

Les provisions sur charges

Les charges récupérables peuvent être payées sous forme de provisions mensuelles ou trimestrielles. Selon l'article 23, leur montant doit être justifié par les résultats de l'année précédente et, en copropriété ou lorsque le bailleur est une personne morale, par le budget prévisionnel. Une provision qui double d'un mois à l'autre sans régularisation ni nouveau budget n'a pas de justification apparente.

La régularisation annuelle

Une fois par an, le bailleur compare les provisions versées et les dépenses réelles. Le solde, en faveur de l'une ou l'autre partie, apparaît souvent sur un avis d'échéance. La loi encadre cette étape : un mois avant la régularisation, le bailleur doit communiquer le décompte par nature de charges et, en immeuble collectif, le mode de répartition entre locataires. Les pièces justificatives restent ensuite à la disposition du locataire pendant six mois à compter de l'envoi de ce décompte.

Une ligne « régularisation » qui arrive sans décompte préalable est donc incomplète. Le locataire peut demander le décompte et consulter les justificatifs avant de discuter le montant.

Les autres mentions utiles

Un avis lisible indique aussi l'adresse du logement, la période couverte, la date limite de paiement, le mode de règlement attendu et, le cas échéant, le solde antérieur. Cette dernière ligne compte : un « reste dû » reporté d'un mois sur l'autre doit pouvoir être relié à un paiement incomplet précis.

Bloc-notes ligné, stylo jaune et calculatrice noire sur une table blanche

Ce qu'un appel de loyer ne peut pas facturer

La loi de 1989 ferme deux portes de façon explicite. L'article 21 interdit de facturer au locataire un coût de gestion de l'avis d'échéance ou de la quittance. L'article 4, qui liste les clauses réputées non écrites, vise aussi celle qui fait supporter au locataire des frais de relance ou d'expédition de la quittance.

Concrètement, une ligne « frais d'envoi », « frais de gestion de l'appel » ou « frais de relance » sur un avis d'échéance n'a pas de base légale dans un bail d'habitation soumis à cette loi. Une clause du bail qui la prévoirait serait réputée non écrite : elle existe sur le papier, mais elle ne produit aucun effet.

Les frais de procédure engagés plus tard, en cas de litige porté devant le juge, suivent d'autres règles, tranchées par le juge lui-même. Ils ne peuvent pas être ajoutés d'office sur un appel de loyer.

Hausse de loyer sur l'avis d'échéance : les vérifications

La révision annuelle est la cause la plus courante d'un changement de montant. Elle obéit à l'article 17-1 de la loi de 1989, en vigueur dans sa rédaction du 24 août 2022.

Trois conditions se vérifient. D'abord, le bail doit contenir une clause de révision ; sans elle, le loyer ne bouge pas en cours de bail par ce mécanisme. Ensuite, la hausse ne peut pas dépasser la variation de l'indice de référence des loyers (IRL), indice qui suit l'évolution moyenne des prix sur douze mois, hors tabac et hors loyers. Enfin, le bailleur doit manifester sa volonté de réviser dans l'année qui suit la date prévue ; passé ce délai, il est réputé avoir renoncé à la révision pour l'année écoulée, et une demande tardive ne prend effet qu'à sa date, sans rattrapage.

Un cas particulier s'ajoute : les logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique sont exclus de la révision et de la majoration de loyer. Un appel de loyer qui augmente le montant pour un logement de ces classes ne respecte pas la loi. Le calendrier des classes énergétiques est détaillé dans notre article sur la location d'un logement classé DPE E.

Le délai pour contester un montant

L'article 7-1 fixe la prescription des actions nées du bail à trois ans, le point de départ étant le moment où l'intéressé a eu, ou aurait dû avoir, connaissance des faits. L'action du bailleur en révision du loyer, elle, se prescrit par un an. Un trop-perçu de charges ou un frais interdit payé par erreur peut donc être réclamé dans cette limite de trois ans, ce qui donne une raison concrète de conserver ses avis d'échéance aussi longtemps.

Paiement, quittance et paiement partiel

Une fois l'appel de loyer réglé, la loi donne au locataire deux droits complémentaires. Le premier est la quittance : l'article 21 oblige le bailleur à la délivrer sans frais dès que le locataire la réclame, avec deux montants distincts, loyer d'un côté, charges de l'autre. Elle peut être envoyée par voie électronique, à condition que l'occupant l'ait expressément accepté.

Le second concerne le paiement incomplet. Lorsque le locataire ne paie qu'une partie de la somme, le bailleur doit lui remettre un reçu, même s'il ne délivre pas de quittance. Ce reçu permet de garder la trace exacte de ce qui a été versé et d'éviter qu'un solde imprécis s'accumule d'avis en avis.

Façade d'immeuble en pierre claire aux fenêtres bleues encadrées de bois

Enfin, la périodicité elle-même est un droit : l'article 7 précise que le paiement mensuel est de droit lorsque le locataire en fait la demande. Un bail qui prévoit un paiement trimestriel peut ainsi passer à un paiement mensuel, ce qui modifie la fréquence des avis.

Quand l'avis d'échéance n'arrive pas

L'absence d'avis ne suspend pas l'obligation de payer. Le loyer reste exigible à la date fixée par le bail, et un retard prolongé peut ouvrir la voie aux étapes décrites dans notre article sur l'expulsion d'un locataire, du commandement de payer à la trêve hivernale. Mieux vaut donc noter la date et le montant habituels, et payer comme d'habitude en attendant le document.

Contrôler son appel de loyer en cinq étapes

Le contrôle d'un avis d'échéance prend quelques minutes s'il est fait avec le bail sous la main.

  1. Comparer le loyer hors charges avec le montant du bail et de la dernière révision connue.
  2. Vérifier la date et l'indice de toute hausse : clause de révision présente, variation de l'IRL respectée, demande faite dans l'année, logement hors classes F et G.
  3. Rapprocher les provisions des charges de l'année précédente ou du budget prévisionnel communiqué.
  4. Exiger le décompte avant toute régularisation, puis consulter les justificatifs dans les six mois.
  5. Repérer les frais interdits : frais d'envoi, de gestion ou de relance n'ont pas leur place sur l'avis.

En cas de désaccord, la règle générale est de commencer par un écrit au bailleur, en citant l'article concerné et en joignant une copie de l'avis contesté. Si l'échange n'aboutit pas, l'ADIL du département informe gratuitement sur les règles applicables, et le conciliateur de justice reste une voie amiable et gratuite. Un litige qui porte sur des sommes importantes ou qui s'accompagne d'une procédure relève d'un professionnel du droit. Le panorama des protections accordées aux occupants par le texte de 1989 complète ces repères.

Le paiement de la somme non contestée reste la position la plus sûre pendant la discussion : régler le loyer habituel et les provisions habituelles, en signalant par écrit la seule ligne discutée, évite de transformer un désaccord sur un frais en impayé.

Questions fréquentes

Le bailleur doit-il envoyer un appel de loyer chaque mois ?

Non. Aucun texte n'impose au bailleur d'envoyer un appel de loyer. Le loyer est dû aux dates fixées par le bail, que l'avis arrive ou non. Seule la quittance est un droit du locataire, sur demande, d'après l'article 21 de la loi n° 89-462.

Un avis d'échéance vaut-il preuve de paiement ?

Non. Il annonce une somme à payer et ne dit rien du paiement effectif. La preuve vient de la quittance, du reçu remis en cas de paiement partiel, ou des relevés bancaires du locataire.

Le bailleur peut-il facturer l'envoi de l'avis d'échéance ?

Non. L'article 21 interdit de facturer au locataire les frais de gestion de l'avis d'échéance ou de la quittance, et l'article 4 répute non écrite la clause qui met à sa charge des frais de relance ou d'expédition de la quittance.

Peut-on recevoir l'appel de loyer par e-mail ?

Rien n'interdit l'envoi électronique d'un avis d'échéance. Pour la quittance, la loi exige l'accord exprès du locataire avant tout envoi dématérialisé.

Que faire si l'avis d'échéance contient une erreur ?

Écrire au bailleur en signalant la ligne en cause et la règle applicable, payer la part non contestée et conserver une copie de l'échange. Les sommes payées à tort peuvent être réclamées dans le délai de trois ans fixé par l'article 7-1.

Combien de temps garder ses avis d'échéance ?

La prescription des actions nées du bail étant de trois ans, conserver ses avis d'échéance, quittances et justificatifs de paiement au moins trois ans permet de vérifier un solde ou de réclamer un trop-perçu.

Sources et références

  • Légifrance, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs (articles 4, 7, 7-1, 17-1, 21 et 23) — www.legifrance.gouv.fr